Ethiopie

Afrique

PIB / Habitant ($)
1 511,2 $
Population (en 2021)
105,7 Millions

Evaluation

Risque Pays
C
Climat des affaires
D
Précédemment
C
Précédemment
D

suggestions

Résumé

Points forts

  • Important potentiel agricole, minier et hydraulique qui soutient les exportations (café, oléagineux, fleurs, or, électricité, etc.)
  • Immense marché intérieur de presque 140 millions d’habitants
  • Vaste programme de libéralisation de l’économie en échange du soutien du FMI
  • Carrefour aérien majeur sur le continent grâce à Ethiopian Airlines
  • Investissements publics dans le développement des infrastructures
  • Mix électrique intégralement renouvelable

Points faibles

  • Points faibles
  • Agriculture encore peu productive et sensible aux aléas climatiques
  • Manque de diversification des exportations et dépendance aux cours des matières premières
  • Déficit d’infrastructures et d’accès à l’électricité, insécurité alimentaire et déplacements de population
  • Informalité prépondérante (environ 35% du PIB pour 80% de la population)
  • Défaut sur la dette, processus de restructuration toujours en cours
  • Situation sécuritaire dégradée dans plusieurs régions (Tigré, Amhara, Oromia)
  • Pays enclavé, tributaire du corridor logistique Djibouti-Addis-Abeba
  • Instabilité de la Corne de l’Afrique et tensions avec l’Erythrée, le Soudan, l’Egypte et la Somalie

Echanges commerciaux

Export des biens en % du total

Europe
20%
Singapour
11%
Arabie saoudite
10%
États-Unis d'Amérique
7%
Kenya
6%

Import des biens en % du total

Chine 36 %
36%
Arabie saoudite 12 %
12%
Inde 9 %
9%
Europe 6 %
6%
Koweït 6 %
6%

Perspectives

Les perspectives économiques mettent en lumière les opportunités et les risques à venir, aidant à anticiper les changements majeurs. Cette analyse est essentielle pour toute entreprise cherchant à s'adapter aux évolutions du marché.

Une croissance portée par les réformes convenues avec le FMI

Malgré les conséquences de la guerre au Moyen-Orient – notamment le renchérissement des importations (pétrole et engrais) et, dans une moindre mesure, le ralentissement des flux de capitaux étrangers et de la demande domestique –, la croissance devrait rester élevée sur l’exercice budgétaire 2026/2027 (du 8 juillet 2026 au 7 juillet 2027), soutenue par les réformes en faveur du secteur privé décidées en juillet 2024 avec le FMI, dans le cadre du Homegrown Economic Reform Programme. En échange d’un financement de 3,4 milliards de dollars sur quatre ans, dont 2,6 milliards étaient déjà déboursés en juillet 2026, en plus des 5 milliards de dons et de prêts concessionnels de la Banque mondiale sur la même période, l’Ethiopie s’est engagée dans un vaste programme d’ouverture économique et financière (libéralisation progressive du marché des changes, multiples privatisations ouvertes aux étrangers, lancement d’une place boursière et financière, etc.), en plus de négociations autour de la restructuration de la dette publique. De quoi stimuler les exportations et dynamiser l’investissement, local comme étranger, dans la plupart des secteurs, même si des progrès sont requis en matière de surveillance financière, de statistique économique, etc.

Principal pilier de l’économie éthiopienne, l’agriculture (33% du PIB pour 60% de l’emploi) devrait continuer de gagner en productivité grâce au développement de la mécanisation et de l’irrigation. Ainsi, la production de café – le premier produit d’exportation – devrait progresser de presque 5% sur la campagne 2026/2027. Toutefois, le secteur demeurera exposé au risque de sécheresse induit par El Niño et aux difficultés d’approvisionnement en fertilisants, exacerbées par le blocage du détroit d’Ormuz, tant que durera le chantier de l’usine Dangote (4 milliards de dollars) qui devrait permettre de couvrir les besoins du pays en engrais azotés d’ici 2029. L’essor du secteur minier se confirme avec l’ouverture en 2026 des mines d’or Kurmuk et Tulu Kapi, soit un gain de capacités de production annuelle de près de 400 000 onces. Addis-Abeba vient également de relancer le projet Danakil (2,3 milliards de dollars) pour exploiter la potasse du sous-sol éthiopien. L’inauguration du Grand Ethiopian Renaissance Dam (GERD) en septembre 2025, la plus grande centrale hydroélectrique d’Afrique (5150 MW), permet d’accompagner le développement économique du pays. Le barrage constitue également une source importante de revenus, grâce à l’exportation de l’excédent vers le Soudan, le Kenya et Djibouti. Le secteur des transports demeurera également un moteur important de la croissance, soutenu par les performances d’Ethiopian Airlines, la compagnie aérienne nationale. Celui-ci continuera d’attirer des investissements conséquents, notamment dans le cadre de la construction du nouvel aéroport de Bishoftu, pour un montant de 12,5 milliards de dollars, et dont la mise ne service est prévue pour l’horizon 2030.

Après un regain des tensions inflationnistes en 2026, sur fond de hausse des cours du pétrole et de dépréciation du birr (consécutive à la libéralisation du change), l’inflation devrait revenir durablement sous le seuil de 10% à partir de 2027. Une décrue favorisée par le durcissement de la politique monétaire de la National Bank of Ethiopa (NBE), qui s’appuie depuis juillet 2024 sur le pilotage d’un taux directeur, que la banque centrale a réhaussé de 100 points de base pour la première fois en juillet 2026, le portant à 16%. La politique monétaire est d’ailleurs d’autant plus efficace que la NBE a libéralisé en janvier 2026 les taux d’emprunt et de dépôt, renforçant la transmission vers l’économie réelle – bien qu’encore loin d’être optimale.

Dernière ligne droite pour la restructuration de la dette publique extérieure

En adéquation avec les engagements adoptés dans le cadre du programme FMI, le déficit budgétaire devrait diminuer sur l’exercice 2026/2027. Cet effort de consolidation tient d’abord d’une progression des rentrées fiscales (9,5% du PIB en 2025/2026), résultat de l’élargissement de l’assiette fiscale, du renforcement de la TVA, de l’impôt sur le revenu et des droits d’accise, en plus de l’instauration d’une taxe foncière. Dans le même temps, la part des dépenses (14%) devrait diminuer, à mesure que le gouvernement supprimera progressivement les subventions sur les carburants et aux entreprises publiques, priorisant la réduction de la pauvreté et les investissements dans les infrastructures. Au global, le budget voté pour 2026/2027 s’établit à 2 300 milliards de birrs (15 milliards de dollars), soit une hausse nominale de 21% par rapport à l’exercice précédent, qui provient surtout de la dépréciation du birr sur la période (de l’ordre de 15% face au dollar).

Alors que la banque centrale ne monétise plus le déficit, celui-ci devrait être financé par l’émission d’obligations domestiques et par l’appui budgétaire du FMI et de la Banque mondiale. L’Éthiopie demeure en effet largement exclue des marchés internationaux de capitaux depuis son défaut de décembre 2023, déclenché par le non-paiement d’un coupon de 33 millions de dollars sur son unique euro-obligation de 1 milliard de dollars. En juillet 2025, un protocole d’accord conclu avec les créanciers bilatéraux a permis la restructuration de 8,4 milliards de dollars de dette, assortie d’un allègement de 2,5 milliards de dollars sur toute la durée du programme du FMI (jusqu’en 2028). En juin 2026, le pays est également parvenu à un accord préliminaire avec un comité ad hoc de créanciers privés représentant 45% de l’encours de l’euro-obligation. Les porteurs accepteraient d’échanger leurs titres contre une nouvelle obligation de 880 millions de dollars (soit une décote de 12%) échéant en 2029 et assortie d’un coupon de 6,15%, en plus du paiement d’environ 100 millions de dollars d’intérêts arriérés. La finalisation de l’accord doit intervenir avant la fin de l’année 2026, sous réserve de l’approbation des créanciers publics. La dette étrangère bilatérale et commerciale – la seule qui puisse être restructurée – représente encore presque 30% de l’encours total.

La position extérieure de l’Ethiopie devrait s’améliorer en 2026/2027 après la dégradation observée sur l’exercice précédent, à cause du conflit au Moyen-Orient. Les exportations de biens devraient tirer profit de la dépréciation du birr, des cours élevés de l’or et du café, mais également de la progression des ventes d’électricité, tandis que les exportations de services resteront soutenues par l’activité d’Ethiopian Airlines. Le déficit commercial (10% du PIB en 2025) devrait tout de même persister – alors que les besoins d’importation en engrais, en carburant ainsi qu’en biens d’équipement pour les projets d’infrastructure (aéroport, hydroélectricité, etc.) demeureront importants –, seulement partiellement compensé par les transferts de fonds de la diaspora (6% du PIB en 2025/2026). Le déficit courant serait alors financé par des investissements étrangers et des financements concessionnels multilatéraux (FMI et Banque mondiale). Combiné à la restructuration de la dette, tout cela devrait permettre de reconstituer progressivement les réserves en devises, équivalentes à un peu plus de deux moins d’importations seulement à la mi-2026.

Consolidation du pouvoir, défis sécuritaires intérieurs et ambitions régionales

Large vainqueur des élections législatives de juin 2026, le Parti de la Prospérité du Premier ministre sortant Abiy Ahmed a remporté 438 des 486 sièges disputés (sur 547 au total) à la Chambre des représentants du peuple. Reconduit à la tête du pays pour un nouveau mandat de cinq ans, le chef du gouvernement peut se targuer de plusieurs réalisations importantes qui lui assurent le soutien de la population, comme la poursuite de la libéralisation économique, du développement infrastructurel ou encore des progrès sur la sécurité alimentaire. Des succès qui ne parviennent pourtant pas à gommer le climat sécuritaire dégradé, alors que plusieurs régions n’ont eu qu’un accès limité – voire nul – au scrutin. Au Tigré, dans le nord du pays, les rivalités internes, le contentieux non résolu autour du Tigré occidental (occupé par le groupe rebelle amhara Fano) et la question lancinante du retour des déplacés fragilisent le processus de paix engagé en 2022. Autre point d’inquiétude, les régions Amhara et Oromia – les deux principaux foyers d’instabilité actuels – sont engagées dans une lutte armée contre le gouvernement fédéral, fragilisant un peu plus la cohésion nationale.

L’Ethiopie cherche à s’affirmer comme la principale puissance de la Corne de l’Afrique. L’accès à la mer, dont le pays est privé depuis l’indépendance de l’Erythrée, constitue un enjeu primordial qui dicte la politique régionale du pays. Si les tensions avec la Somalie se sont aujourd’hui apaisées, les relations bilatérales restent marquées par la tentation qu’avait eu l’Ethiopie de reconnaître la république autoproclamée du Somaliland en 2024 en échange d’une portion du littoral somalien. Le même sujet est également source de crispation avec le voisin érythréen, alors que l’Ethiopie lorgne sur son port d’Assab au bord de la mer Rouge. Les relations sont d’autant plus orageuses qu’Asmara perçoit d’un mauvais œil les autorités tigréennes et maintient une présence militaire ambigüe à la frontière avec la région qui agace le gouvernement fédéral. Les rapports avec l’Egypte ne sont guère plus apaisés et demeurent marqués par le différend autour du partage des eaux du Nil, qui concerne également le Soudan, à cause de la construction du GERD.

En dehors de la région, les relations avec l’Occident, dégradées au moment de la guerre au Tigré, continuent de s’améliorer dans le sillage de l’accord conclu avec le FMI en juillet 2024. L’Ethiopie – qui a rejoint les BRICS en janvier 2024 et profite des financements de leur Nouvelle banque de développement – cultive également ses liens avec la Chine (premier partenaire commercial, investisseur et bailleur bilatéral) et les Émirats arabes unis, qui jouent un rôle sécuritaire croissant dans la région et développent le port de Berbera au Somaliland sur lequel compte le pays. Le pays entend, par ailleurs, adhérer à l’Organisation mondiale du commerce avant la fin de l’année 2026.

Dernière mise à jour : août 2026