Libye

Afrique

PIB / Habitant ($)
6 422,0 $
Population (en 2021)
6,8 Millions

Evaluation

Risque Pays
E
Climat des affaires
E
Précédemment
E
Précédemment
E

suggestions

Résumé

Points forts

  • Réserves de gaz et de pétrole les plus importantes d’Afrique
  • Revenu théorique par habitant élevé compte tenu de la faible population (17 250 USD/hab. PPA en 2025)
  • Importantes réserves de change et fonds souverain (bloqué depuis 2011)
  • Dette publique presque entièrement domestique
  • Positionnement stratégique en Méditerranée
  • Réunification de la Banque centrale de Libye en 2023 et budget unifié en 2026

Points faibles

  • Points faibles
  • Dépendance aigue aux hydrocarbures : plus de 60% du PIB et de 95% des recettes budgétaires et de la valeur des exportations
  • Développement économique plombé par les dissensions politiques et l’insécurité
  • Division est-ouest du pays sur fond de lutte d’influence entre puissances étrangères, renforcées par la présence de mercenaires
  • Dualité politique et institutionnelle, corruption et insécurité
  • Prépondérance du secteur public (80% de l’emploi formel, importantes subventions, entreprises publiques)
  • Médiocrité des services publics et infrastructures insuffisantes (transport, eau, électricité, sanitaire, éducation)
  • Accès restreint aux devises pour les importateurs, avec un marché des changes parallèle florissant
  • Sud du pays propice au développement des trafics illicites (migrants, mercenaires, armes et stupéfiants) et des rivalités interethniques, dans un contexte de porosité des frontières avec des voisins sahéliens instables

Echanges commerciaux

Export des biens en % du total

Europe
72%
Royaume-Uni
9%
États-Unis d'Amérique
5%
Chine
4%
Thaïlande
2%

Import des biens en % du total

Europe 40 %
40%
Chine 19 %
19%
Turquie 15 %
15%
Chypre 5 %
5%
Inde 4 %
4%

Perspectives

Les perspectives économiques mettent en lumière les opportunités et les risques à venir, aidant à anticiper les changements majeurs. Cette analyse est essentielle pour toute entreprise cherchant à s'adapter aux évolutions du marché.

Un pays coupé en deux

La révolution et la chute de Mouammar Kadhafi en 2011, après 42 années de règne, ont plongé la Libye dans une période d’instabilité qui a abouti à la division de facto du pays à partir de 2014. À l’ouest, le Gouvernement d’unité nationale (GUN), dirigé par le Premier ministre Abdelhamid Dbeibah depuis Tripoli et appuyé par le Haut Conseil d’État, est le seul pouvoir exécutif reconnu par la communauté internationale. À l’est, le Gouvernement de stabilité nationale (GSN) du Premier ministre Oussama Hamad, partagé entre Syrte et Benghazi, est soutenu depuis 2022 par la Chambre des représentants, en réponse au report sine die des élections présidentielles et législatives, initialement prévues pour 2021. Le GSN bénéficie de l’appui de l’Armée nationale libyenne (ANL) du maréchal Khalifa Haftar, qui dispose du véritable pouvoir. C’est dans la partie de la Libye contrôlée par l’ANL que se concentrent les gisements pétroliers et gaziers. Cette bicéphalie institutionnelle, incarnée par deux administrations rivales autour desquelles gravite une multitude de milices, nuit gravement à la gouvernance et au développement économique de la Libye.

Si la réconciliation politique demeure un objectif lointain, plusieurs avancées nourrissent l’espoir d’un rapprochement, à commencer par la réunification de la Banque centrale de Libye (BCL) en 2023, basée à Tripoli. Cet organe est d’autant plus stratégique qu’il perçoit et redistribue les revenus pétroliers, qui constituent la quasi-totalité des recettes budgétaires du pays. Plus récemment, avec la médiation des États-Unis, les factions de l’est et de l’ouest ont conjointement adopté un budget 2026 unifié, le premier depuis plus d’une décennie. Enfin, en août de la même année, les deux camps ont signé, sous l’égide de l’ONU, un accord visant à organiser des élections dans un délai maximum de 24 mois. Une échéance toutefois conditionnée à la mise en place d’un exécutif unique et d’institutions nationales unifiées. Néanmoins, l’instabilité politique persiste, comme en témoigne la tentative de démission du gouverneur de la BCL, Naji Issa, à l’été 2026, pourtant nommé deux ans plus tôt pour stabiliser la gestion de la rente pétrolière. Sur le plan sécuritaire, la commission militaire conjointe 5+5, créée dans le cadre du cessez-le-feu de 2020, demeure l’un des principaux canaux de dialogue entre les deux camps.

La fragmentation politique en Libye s’inscrit dans un jeu d’influences entre puissances étrangères rivales. Tripoli bénéficie du soutien politique et militaire de la Turquie et de l’appui financier et diplomatique du Qatar. À l’inverse, le camp de l’est est soutenu par l’Égypte, les Émirats arabes unis et la Russie, qui cherche à renforcer son ancrage en Afrique et en Méditerranée, notamment via l’Africa Corps (ex-milice Wagner). Toutefois, la détente des relations entre plusieurs puissances régionales soutenant des camps opposés a réduit les logiques d'affrontement indirect et encouragé une approche davantage fondée sur la préservation de la stabilité et l’équilibre des rapports de force.

Le pétrole, moteur presque exclusif de la croissance

Alors que les hydrocarbures représentent plus de 60% du PIB libyen, la croissance devrait décélérer en 2027, sous l’effet de la normalisation des cours du pétrole, dans l’hypothèse d’une réouverture durable du détroit d’Ormuz. L’activité demeurerait pourtant soutenue par la hausse continue de la production pétrolière, après son pic de près de 1,4 million de barils par jour en moyenne en 2026, un niveau inédit depuis plus d’une décennie, sous réserve du maintien d’une relative stabilité politique et sécuritaire. Le secteur extractif concentrerait ainsi l’essentiel des investissements privés étrangers, alors que les autorités ambitionnent de porter la production à 2 Mb/j à l’horizon 2030. Toutefois, l’attribution de seulement 5 des 22 blocs mis aux enchères par la compagnie pétrolière nationale (NOC) en 2025, lors du premier appel d’offres depuis 2007, souligne les difficultés à concilier les ambitions libyennes avec les exigences des compagnies pétrolières internationales, qui réinvestissent prudemment le pays. Concernant le gaz, la NOC poursuit le développement du projet offshore Structures A&E (8 milliards de dollars) en partenariat avec l’italien Eni. Sa mise en service, prévue pour 2027, devrait notamment permettre d’améliorer la production d’électricité, alors que les coupures de courant sont récurrentes.

Par ailleurs, l’élaboration d’un budget unifié pour 2026 devrait faciliter le financement des projets de développement et de reconstruction, tout en renforçant la coordination des politiques économiques entre les différentes institutions. Ce premier pas en direction de la réunification pourrait relancer les discussions autour d’un assouplissement progressif du gel d’une partie des quelque 80 milliards de dollars du fonds souverain libyen afin de financer des projets d’investissement ciblés. Bloqués depuis 2011 dans le cadre des sanctions internationales, ils sont normalement suspendus à la formation d’un gouvernement élu.

Intrinsèquement dépendant du pétrole, qui génère plus de 95% des recettes budgétaires, le niveau élevé de dépense publique continuera de soutenir, dans une moindre mesure qu’en 2026, la consommation des ménages, alors que le secteur public demeure le principal employeur du pays (environ 80% de l’emploi formel). À l’inverse, le secteur privé non-pétrolier restera peu développé et essentiellement informel. L’inflation, probablement sous-estimée malgré le récent changement de méthodologie de calcul, devrait légèrement ralentir en 2027, principalement en raison d’un effet de base lié à la dévaluation du dinar en janvier 2026, qui avait fortement renchéri le coût des importations, dont le pays demeure largement tributaire (65% du PIB en 2025). Elle continuera néanmoins de peser sur le pouvoir d’achat des ménages. La dévaluation, conjuguée à la suppression de la taxe de 15% sur les opérations de change en mars 2026, avait permis de réduire le différentiel entre le taux de change officiel et celui du marché parallèle, lequel finance encore près de 60% des importations.

Une situation budgétaire encore incertaine

L’état des finances libyennes est étroitement lié au secteur des hydrocarbures. Malgré une probable normalisation des cours du pétrole ensu 2027, l’excédent budgétaire serait préservé, notamment soutenu par la hausse de la production pétrolière et gazière. Il prolongerait ainsi le redressement des finances publiques observé après plusieurs années de déficits marqués. L’adoption du budget unifié devrait par ailleurs améliorer la transparence et la coordination des dépenses jusqu’alors conduites de manière non concertée par les deux administrations. Cela permettrait également de réintégrer dans les circuits officiels une partie des recettes auparavant détournées du budget. L’accord prévoit que le GUN conserve la responsabilité des dépenses courantes, tandis que les dépenses en capital fixe seront décidées par un comité mixte, représentatif des deux camps, sous l’égide de la BCL. Dans le détail, la diminution des recettes non fiscales liées à la suppression de la taxe sur les opérations de change ne devrait pas empêcher la poursuite de l’investissement public. Sur recommandation de la BCL, les autorités chercheront également à contenir la progression de la masse salariale publique et des subventions énergétiques, qui représentaient respectivement 30% et 20% du PIB en 2025, même si les résultats devraient rester limités.

Le maintien d’un excédent budgétaire, même réduit, combiné à une croissance nominale soutenue et à la réduction progressive des financements parallèles, devrait favoriser la réduction de la dette publique en pourcentage du PIB. La question du désendettement demeure toutefois secondaire : la dette libyenne est principalement détenue par la BCL, qui finance l’État sur ses réserves de change, et libellée en monnaie nationale. Constituée en grande partie d’avances et de créances intra-publiques, elle ne génère qu'une contrainte financière limitée pour l'État (pas de taux d’intérêt, ni d’échéance de remboursement).

Après son irruption en 2026 sous l’effet de la hausse des cours du pétrole, l’excédent courant devrait se réduire en 2027. La baisse attendue des prix mondiaux du pétrole pèsera sur les recettes d’exportation, malgré la poursuite de l’augmentation de la production pétrolière et gazière. Les importations demeureront soutenues, portées par les dépenses de reconstruction, les projets d’infrastructures et les investissements dans le secteur énergétique. Le déficit des services restera élevé en raison de la forte dépendance de la Libye à l’expertise étrangère pour le développement des grands projets d’investissement. Malgré ce resserrement de l’excédent courant, la position extérieure devrait demeurer confortable grâce à d’importantes réserves de change, équivalentes à plus de 30 mois d’importation, et à la poursuite des entrées d’investissements directs étrangers. Ces derniers seraient principalement concentrés dans les hydrocarbures mais resteront limités par la fragmentation institutionnelle, l’incertitude politique et un environnement des affaires peu favorable, conduisant de nombreux investisseurs à différer leurs engagements les plus importants.

Dernière mise à jour : août 2026