Une croissance résiliente malgré le choc inflationniste
Après le pic de 2025, la croissance économique va ralentir en 2026 sous l’effet du renchérissement du pétrole, du resserrement monétaire, et d’une moindre performance agricole. La croissance resterait néanmoins soutenue et devrait se raffermir à nouveau en 2027, portée par la poursuite des investissements dans les infrastructures et le dynamisme du secteur des services Le secteur tertiaire (52% du PIB en 2025) constitue son principal moteur, notamment avec les technologies de l'information et de la communication (+22 % en 2025), le transport (à l'origine d'environ 40 % des emplois créés en 2025) et le tourisme d'affaires, dont une part importante de la clientèle arrive par voie routière de pays voisins. Le développement de RwandAir et du nouvel aéroport international de Kigali vise à développer un hub régional pour favoriser les IDE et le tourisme. La mise en service de la première phase de l’aéroport est attendue fin 2027, permettant d’accueillir environ 8 millions de passagers par an, le double de l’actuel.
L’agriculture occupe une place significative dans le PIB (15%), l’emploi (39%) et les exportations totales (40% dont 13% pour le café et 12% pour le thé). Après les grosses inondations de 2023-2024, ayant affecté les rendements, la production agricole a rebondi en 2025 (+5%) et continué de croître au 1er semestre 2026 (+7% pour la valeur ajoutée au T1). Les perspectives agricoles demeurent favorables pour le reste de l’année, mais sont exposées au phénomène El Niño attendu à partir de fin 2026. Les rendements pourraient donc décevoir en 2027. Parallèlement, le secteur secondaire est en pleine expansion, avec une progression de 13% attendue en 2026. La construction est soutenue par de grands projets structurants tels le nouvel aéroport (un investissement de 2,6 milliards USD) et le vaste programme de réhabilitation et d’extension des infrastructures routières. En outre, les activités manufacturières (agroalimentaire, textile, matériaux de construction et plastique) sont soutenues par le gouvernement via le Manufacture and Build to Recover Programme (depuis 2022). Le gouvernement mise également sur les minerais, comme le lithium, pour lesquels plusieurs projets d’exploration sont prévus, l’extraction restant largement artisanale. Enfin, la montée en puissance dans le domaine des technologies se poursuit avec la création d’une Agence nationale de l’intelligence artificielle et le développement d’un vaste réseau 5G (en partenariat avec la Chine).
La demande intérieure devrait rester le principal moteur de croissance en 2026-2027. Les ménages occupent une place prépondérante dans l’économie, leur consommation représentant 72% du PIB au premier trimestre de 2026, contre 14% pour la consommation publique. La consommation privée pourrait toutefois être pénalisée à court terme par une inflation en forte hausse en 2026, bien que les subventions à l’énergie et aux engrais en atténuent partiellement l’impact. Les tensions inflationnistes résultent de plusieurs facteurs qui se sont succédés depuis 2025 : la hausse des droits d’accise sur les carburants, celle des prix administrés (électricité, santé), les moindres récoltes, la guerre au Moyen-Orient avec le choc pétrolier et la désorganisation du transport, et la dépréciation du franc rwandais. L’inflation devrait revenir à des niveaux plus maîtrisés à partir de 2027, convergeant vers la cible de 5%. Afin de contenir les effets de second tour, la Banque nationale a remonté son taux directeur en février 2026, passant de 6,75 % à 7,25, et une nouvelle fois en mai 2026 pour atteindre 8,25%.
Déficits jumeaux en hausse
Le budget de l'Etat pour l'exercice 2026-2027 marque une expansion plus modérée que celle observée en 2025-2026, le contexte macroéconomique s'étant détérioré entre les deux exercices (poussée inflationniste et ralentissement liés au conflit au Moyen-Orient). Le déficit, supérieur à 5%, s’est creusé dés 2025/2026, avant une légère embellie en 2026/2027. Les grands investissements publics sont la principale cause du creusement du déficit : la construction de nouvel aéroport (40% Etat, 60% Qatar Airways et le développement de RwandAir (51% Etat et 49% Qatar Airways). A cela s’ajoutent la réforme des retraites prévoyant une augmentation de la contribution patronale (Etat y compris) de 6 à 12%, les dépenses militaires et des subventions en hausse. Afin de réduire progressivement le déficit budgétaire, l’Etat a engagé en 2025/2026 une stratégie de consolidation budgétaire graduelle, reconduite en 2026/2027. D’une part, les recettes devraient croître durablement avec l’introduction de plusieurs taxes dès 2025 : TVA sur les téléphones portables, sur certains équipements TIC et sur les carburants, hausse des accises sur les jeux, les cigarettes et la bière, taxe touristique et taxe environnementale. L’élargissement de l’assiette fiscale doit être soutenu par une extension de la facturation électronique et un renforcement des contrôles. En parallèle, la consolidation budgétaire repose sur une meilleure maîtrise des dépenses (passant de 15,3 % du PIB en 2025/26 à 15,1 % en 2026/27), à travers la compression des dépenses de fonctionnement, la priorisation des investissements publics et un contrôle renforcé des projets financés sur ressources extérieures. Le programme assorti de la Facilité élargie de crédit de USD 250 millions sur 38 mois, signée avec le FMI en juin 2026, devrait soutenir les efforts de consolidation budgétaire.
Malgré le déficit, le poids de la dette publique devrait peu varier entre 2026 et 2027 sous l’effet de la forte croissance et des efforts de consolidation budgétaire. De plus, la structure de la dette limite les risques de refinancement et de liquidité : la dette publique extérieure représente 59,3% du PIB soit plus de 80% de la dette publique totale. Néanmoins, le service de celle-ci demeure élevé : 7,2% du PIB dont 2,3% d’intérêts. La quasi-totalité de cette dernière a été contractée auprès de créanciers multilatéraux (principalement le FMI, la Banque mondiale et la BAD) et bilatéraux à des conditions concessionnelles, avec de longues maturités (en moyenne 19 ans) et à des taux faibles. Pour diversifier ses sources de financements, le Rwanda cherche à développer son marché obligataire domestique dont les principaux détenteurs sont les banques commerciales et le Rwanda Social Security Board (RSSB).
L’important déficit courant est dû au déficit commercial structurel (-14,5% du PIB en 2025) : les importations sont très supérieures aux exportations, USD 1,3 milliards contre 0,4 milliards au premier trimestre de 2026. Le poids élevé des importations s’explique en grande partie par la construction du nouvel aéroport et l’acquisition de nouveaux avions, auquel s’ajoute la hausse des prix de l’énergie et du transport. Le déficit commercial est en partie compensé par les recettes (même contrebalancées par les achats de services dans le cadre des grands projets) et les remises des expatriés. Pour financer son déficit courant, le Rwanda compte sur la forte hausse des investissements directs étrangers (IDE), qui atteindrait USD 1,07 milliards en 2026, principalement en lien avec le nouvel aéroport international de Kigali et RwandAir.
Stabilité intérieure dans un environnement régional tendu
Présidant le pays depuis 2000, Paul Kagame a été réélu, sans surprise, le 15 juillet 2024 avec plus de 99% des voix. Régulièrement accusé de porter atteinte aux libertés démocratiques (surveillance et arrestations fréquentes des opposants), il est aussi crédité du retour à la paix civile, de la stabilité politique, de la réduction significative de la pauvreté (43 % en 2023 contre 75 % en 2000) et du combat contre la corruption.
Sur le plan régional, le Rwanda mène une politique étrangère active, marquée par des interventions, mêlant enjeux sécuritaires, diplomatiques et économiques. Dans l’est de la RDC, il est impliqué dans le conflit du Kivu, par son soutien au M23, un groupe armé rebelle se présentant comme défenseur des Congolais tutsis, et par la présence, attestée par l’ONU, mais contestée par Kigali, de ses troupes. Cette intervention répond, selon les autorités rwandaises, à une motivation sécuritaire, avec la neutralisation des FDLR (une milice hutue qui a fui le pays après le génocide contre les Tutsis en 1994 pour se réfugier à l’est du Zaïre). Ensuite, elle répond à une rivalité avec l’Ouganda et le Burundi, aussi militairement présents dans la zone. Enfin, elle vise à s’assurer le contrôle de minerais stratégiques comme le coltan, l’or ou le cobalt. L’accord de paix signé le 5 décembre 2025 avec la RDC, sous l’égide des Etats-Unis et du Qatar, prévoit le retrait des troupes rwandaises, la neutralisation des FDLR et une coopération minière trilatérale (RDC-Rwanda-USA). Parallèlement, la RDC et le M23 ont signé, en février 2026, un cadre de référence pour le suivi du cessez-le-feu inclus dans leur accord-cadre de novembre 2025. Le 15 juillet 2026, soit bien au-delà du délai de 90 jours prévu à l’accord au Rwanda pour le retrait de ses troupes, aucun changement notable n’était observé. Les combats se poursuivaient dans plusieurs localités du Sud-Kivu. Cependant, compte tenu de l’implication internationale, une escalade vers un conflit militaire ouvert entre les deux pays semble peu probable.
Les relations entre le Rwanda et les Occidentaux se sont détériorées en raison du conflit en RDC. Si l’UE demeure un partenaire économique et diplomatique majeur, elle a adopté des sanctions, en mars 2025, contre plusieurs personnalités liées au conflit et contre la principale raffinerie d’or du pays. Plus récemment, l’UE a annoncé qu’elle ne verserait pas l’aide prévue de 20 millions d’euros à l’armée de Kigali, déployée au Mozambique contre les djihadistes de l’EI. Début 2026, les États-Unis ont emboité le pas, sanctionnant les FDR et quatre officiers supérieurs, ainsi que la même raffinerie.

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