Une croissance de nouveau modérée, soutenue par l’investissement et le tourisme
Après son rebond de 2025, la croissance salvadorienne ralentit en 2026, sous l’effet de la normalisation de l’activité dans la construction et des transferts de fonds des expatriés, ainsi que du regain d’inflation lié au choc pétrolier provoqué par le conflit au Moyen-Orient.
En 2027, l’activité se modérera encore. La consommation privée (80 % du PIB) demeurera son principal moteur. L'inflation, bridée par la dollarisation, devrait refluer après son sursaut de 2026 lié au choc énergétique. A l’inverse, après leur record de 2025 (10 milliards USD), dans le contexte de durcissement de la politique migratoire américaine, et d’expiration du statut de protection temporaire, les transferts de fonds (25 % du PIB, 92% depuis les Etats-Unis) ralentiront. Leur croissance est retombée à + 2,7 % en glissement annuel en mai 2026, alors que leur progression cumulée sur janvier-mai atteignait 6,1 %, contre + 17,8 % en moyenne en 2025. Par ailleurs, le tourisme (14 % du PIB) est porté par l’amélioration de la situation sécuritaire, avec des records de fréquentation (1,7 millions d’arrivées sur les quatre premiers mois de 2026) de visiteurs majoritairement guatémaltèques et américains, respectivement. 36 % et 32 % en 2025. De plus, l’investissement public et privé restera dynamique, continuant d’être soutenu par la construction, dont l’activité est attendue en hausse de 9 % en 2026, après un effet de base particulièrement élevé en 2025 (progression de 26 %). Le secteur est porté par le vaste programme d'infrastructures publiques (aéroport du Pacifique, viaduc de Morazán, réseau de transport Metrocable) et un portefeuille d'investissements privés pour plus de 9 milliards USD, dans le logement, la logistique et le tourisme. Cependant, les investisseurs resteront tiraillés entre le faible niveau de criminalité et la dérive autoritaire. Enfin, la consommation publique restera contenue, sous l’effet des engagements de consolidation budgétaire.
Sur le plan commercial, l’habillement reste le principal secteur exportateur (22 % des exportations totales en 2025, dont la moitié à destination des États-Unis). Il bénéficie des accords commerciaux avec les Etats-Unis (1er client : 33 % des exportations totales en 2025). L’accord de 2026 exempte du droit additionnel américain de 10 % certains articles vestimentaires respectant les règles d’origine du CAFTA-DR, tandis que les autres produits devraient rester soumis à un droit additionnel plafonné à 10 %. Par ailleurs, les exportations de café pâtiront d'El Niño (recul de production attendu de 7,5 % en 2026/27) et de contraintes structurelles, avec le vieillissement des plantations et la pénurie de main-d'œuvre.
Une consolidation budgétaire encore fragile, face à un système de retraite à réformer
Après avoir baissé significativement en 2025, le déficit budgétaire s'est stabilisé en 2026. Une collecte fiscale solide au premier semestre a compensé l'intensification des dépenses publiques, notamment en infrastructures, sur la seconde moitié de l'année, à l'approche des élections de février 2027. En réponse au choc énergétique, le gouvernement a réintroduit un contrôle du prix de référence de l’essence et élargi les subventions directes. Le budget 2026 prévoit 170 millions USD en faveur du GPL et des transports publics (1,6 % des dépenses budgétaires). En 2027, le déficit devrait se maintenir, aidé par la rationalisation des dépenses, la formalisation croissante de l'économie et la suppression progressive de certaines exemptions fiscales. Le programme financé conclu avec le FMI en février 2025 restera l'ancrage de la politique budgétaire. Il a été obtenu après 4 ans de négociation, après que le bitcoin se voit vu retirer son cours légal (datant de 2021) et son usage soit devenu volontaire, notamment pour le paiement des impôts. Les autorités se sont engagées à réduire encore l’exposition du secteur public au bitcoin et au portefeuille électronique « Chivo ». Le FMI n’a décaissé que 232 millions USD, à ce jour, sur une enveloppe totale de 1,4 milliard USD prévu jusqu’à mi-2028. En effet, les deuxièmes et troisièmes revues du programme n’ont pas eu lieu, notamment en raison de l’absence de proposition formelle de réforme des retraites et du désaccord persistant sur le rôle du bitcoin. Les discussions engagées fin juillet 2026 ont toutefois permis de consolider le programme, une nouvelle mission de revue étant désormais attendue.
La dette publique est lourde et majoritairement libellée en dollars américains. Elle se répartit de façon équilibrée entre dette externe et dette interne. Au sein de cette dernière, les engagements envers les fonds de pension privés ont augmenté de 3,1 milliards USD depuis début 2023, pour atteindre 11,6 milliards USD en mai 2026. Cette dynamique a conduit le FMI à recommander une réforme pour renforcer la soutenabilité du système de retraite. Depuis la privatisation du système en 1998, les fonds de pension ont investi une part importante de l’épargne des ménages en titres publics, en faisant une source majeure de financement de l’État. Le déficit actuariel du système sur la période 2024-2070 est estimé à près de 60 % du PIB, tandis que le fonds de garantie solidaire, utilisé pour compléter les pensions, pourrait être épuisé dès 2027 en l’absence de relèvement des cotisations et/ou de l’âge de départ. De son côté, la dette externe (44 % du PIB fin 2025) est détenue à 51 % par des créanciers privés, majoritairement obligataires, et, pour le solde, par des organismes multilatéraux. Le service de la dette a représenté 3,1 milliards USD en 2025, soit près d'un cinquième du budget exécuté. Dans ce contexte, un premier reprofilage de la dette domestique, mené en 2023 auprès du système de retraite et des banques locales, a permis de repousser les échéances et réduire la pression de court terme. De plus, le retour du pays sur le marché international en 2024 a permis de financer le rachat de trois euro-obligations pour environ 1,8 milliard USD échéant en 2025, 2027 et 2029, ainsi que d’apurer des arriérés.
Le déficit courant se creusera cette année, sous l'effet de la détérioration du déficit commercial — le Salvador étant un importateur net d'énergie (6 % du PIB). Le déficit commercial est structurellement élevé, résultat de la forte demande en biens importés (matériaux de construction, carburants, équipements, biens de consommation) portée par le boom du BTP et la résilience de la consommation. Cependant, il est presque compensé par les remises des expatriés. En 2027, le déficit courant devrait se modérer, à la faveur d'un repli progressif des prix de l'énergie. Les exportations d’habillement continueront de bénéficier de l’accès préférentiel au marché américain, mais celles de café resteront pénalisées par El Niño. De plus, la normalisation des flux de transferts de fonds se poursuivra, alors que le durcissement de la politique migratoire américaine a tari l’immigration salvadorienne. Le tourisme offrira un contrepoids. Les IDE (moins de 2 % du PIB) demeureront insuffisants pour couvrir le déficit, qui continuera d'être financé par des flux de portefeuille et des décaissements multilatéraux, sous réserve de la reprise des versements du FMI. Enfin, les réserves de change de la BCR ont atteint un niveau record de 5,1 milliards USD en avril 2026 (contre un point bas de 2,4 milliards USD fin 2022), soutenues par la vigueur des transferts de fonds et l'accord de financement conclu avec le FMI. Elles couvrent environ trois mois d'importations. La liquidité extérieure est en outre renforcée par les actifs extérieurs détenus par les banques commerciales, qui atteignaient 3 milliards USD à la mi-2026.
Le président Bukele en route vers un troisième mandat en 2027
Le président Nayib Bukele a été élu une première fois en février 2019 pour un mandat de cinq ans, puis réélu en février 2024. En juillet 2026, il a remporté sans opposition la primaire de son parti Nuevas Ideas (droite), officialisant sa candidature à un troisième mandat consécutif lors des élections générales de février 2027. Cette candidature s'appuie sur une série de réformes constitutionnelles poussées par la supermajorité de Nuevas Ideas au Congrès (54 sièges sur 60) : en 2021, remplacement des juges de la Cour constitutionnelle et du procureur général par des proches du pouvoir en 2021 pour pouvoir se représenter une deuxième fois; puis, en juillet 2025, abolition de la limitation du nombre de mandats, extension du mandat présidentiel de cinq à six ans, passage à un scrutin à un tour et avancement de l'élection de 2029 à 2027. En avril 2026, les règles de nomination des juges au Tribunal électoral suprême ont également été modifiées au profit du seul Congrès. Cette trajectoire s'appuie sur une popularité présidentielle exceptionnelle (un taux d'approbation jusqu'à 94 % en mars 2026), portée par la transformation sécuritaire du pays. Le taux d'homicides est tombé à 1,3 pour 100 000 habitants en 2025, le plus bas d'Amérique latine. Un régime d'exception, reconduit sans interruption depuis mars 2022, suspend certaines garanties de procédure et autorise les arrestations sans mandat. Le lancement d'une stratégie numérique et d'intelligence artificielle complètera le récit de campagne du président, en cherchant à montrer une action gouvernementale au-delà du seul volet sécuritaire. Néanmoins, l’affaiblissement des contre-pouvoirs nourrit une incertitude sur le cadre juridique et réglementaire, qui pèse sur la confiance des investisseurs.
La proximité avec l'administration Trump demeurera l'axe structurant de la politique extérieure salvadorienne. Elle se manifeste par une coopération migratoire (accueil de déportés) et sécuritaire, un accord commercial réciproque de janvier 2026, ou encore une visite en mai 2026 d'une délégation du département d'État américain accompagnée d'investisseurs. En parallèle, le Salvador maintiendra ses relations économiques avec la Chine, notamment dans le financement d'infrastructures, sans que cela remette en cause la priorité accordée à Washington. Enfin, l'intégration régionale se poursuivra avec le Guatemala et le Honduras.

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