Métallurgie

Asie-Pacifique
Risque élevé
Europe centrale et de l'est
Risque élevé
Amérique Latine
Risque élevé
Moyen-orient et Turquie
Risque très élevé Détérioration récente
Amérique du Nord
Risque élevé
Europe de l'Ouest
Risque très élevé

Résumé

Points forts

  • La demande en minerai va être multipliée à long terme, portée par les besoins de la transition énergétique et du numérique
  • Les niveaux de prix de la plupart des métaux permettent des revenus solides pour les groupes miniers et métallurgiques
  • Le secteur bénéficie et bénéficiera d’importants plans stratégiques et de financements publics

Points faibles

  • Les surcapacités mondiales fragilisent la santé financière des entreprises (acier, nickel) et créent des tensions commerciales internationales
  • Les besoins en investissements miniers croissants se heurtent aux attentes de rentabilités des actionnaires et restent très dépendants des variations des cours mondiaux (e.g. nickel)
  • Les délais de mise en opération de nouvelles mines n’ont cessé de s’allonger depuis les années 2000
  • Le ralentissement de la croissance chinoise et de son secteur immobilier affecte très significativement la demande globale en métaux
  • En Europe, le coût de l’énergie et les législations ESG contraignent de plus en plus l’activité métallurgique
  • La fragmentation du marché de l’acier se poursuit entre l’Asie, l’Europe et les Etats-Unis

Evaluation des risques sectoriels

L’année 2026 s’inscrit dans une période plus longue de resserrement des fondamentaux des marchés mondiaux des métaux. D’une part, la demande globale, demeure soutenue par l’essor structurel des technologies de la transition énergétique et du numérique (électrification, IA, data centers, etc.). D’autre part, les progrès de l’offre sont contraints par l’épuisement des gisements actuels, l’allongement des durées de développement de nouvelles mines et la concentration des capacités de raffinage dans quelques pays, alors que les enjeux géopolitiques dictent de plus en plus les conditions d’accès aux ressources stratégiques.

En conséquence, les cours de la plupart des métaux industriels (aluminium, cuivre, zinc, plomb, nickel et étain) devraient poursuivre leur progression en 2026. Alors que l’indice de référence du LME a enregistré une hausse de 35% en glissement annuel (g.a.) au premier semestre, la dynamique devrait se maintenir sur tout le reste de l’année, principalement soutenue par le cuivre et l’aluminium. À l’inverse, les cours de l’acier et du minerai de fer devraient continuer de stagner.

La recomposition des chaînes de valeur mondiales, déjà à l’œuvre, devrait se poursuivre. En Europe, la contraction de la production manufacturière affecte les secteurs intensifs en énergie, à commencer par celui des métaux. En parallèle, les pays du Golfe ambitionnent de développer leurs filières extractive et métallurgique afin de renforcer leur diversification économique et cherchent à saisir les opportunités liées au recul des capacités de production en Europe. Un dessein toutefois entravé par le blocage du détroit d’Ormuz, conséquence directe de la guerre au Moyen-Orient.

Enjeu de souveraineté pour les régions dépourvues de minerais, le recyclage participe à la sécurisation des approvisionnements en métaux. Malgré son importance pour certains métaux comme l’aluminium, l’essor de la demande mondiale continue toutefois de dépasser les volumes recyclés disponibles, limitant sa capacité à compenser les tensions structurelles sur l’offre.

Perspectives économiques du secteur

Les surcapacités sidérurgiques mondiales favorisent la fragmentation des échanges

Face à l’accroissement des surcapacités mondiales de production d’acier, estimées autour de 640 millions de tonnes, dans un contexte de demande comprimée, les pays renforcent les mesures de protection de leur industrie sidérurgique. À elle seule, la Chine représente près de la moitié de cet excédent de capacités (305 millions de tonnes) mais pourrait encore les accroître d’un volume équivalent à celles de l’Italie, deuxième producteur de l’Union européenne (UE), d’ici 2028. L'effet net dépendra toutefois des fermetures effectivement réalisées en compensation et de la nature des capacités retirées, l'expérience passée ayant montré que certaines capacités démantelées étaient déjà partiellement ou totalement inactives. Alors que la demande domestique reste pénalisée par la crise persistante du secteur de la construction, les exportations chinoises ont progressé de plus de 150% entre 2020 et 2025, notamment vers l’Asie du Sud-Est, l’Afrique et le Moyen-Orient.

Cette tendance devrait se poursuivre, car le rebond attendu de la demande mondiale à partir de 2026 ne suffirait pas à absorber l’excès de capacités de production, maintenant leur taux d’utilisation global en-deçà de 75%. En conséquence, les pays multiplient les mesures ciblées (droits antidumping), principalement à l’encontre de la Chine, mais déploient aussi de plus en plus des mesures plus générales pour mieux décourager les stratégies de contournement, combinant obstacles tarifaires et non-tarifaires, comme le mécanisme de marché carbone européen.

Ainsi, l’UE et les États-Unis, les deux premiers importateurs mondiaux d’acier, ont récemment durci leur arsenal commercial, au risque de perturber les chaînes de valeur régionales. Washington a porté les droits de douane sur l’acier de 25% à 50%, tandis que Bruxelles vient de réduire de moitié ses volumes d’importations exemptées de droits (18,3 millions de tonnes) en juillet 2026, tout en relevant également le tarif appliqué au-delà de ce quota à 50%. Encore trop récente, la décision européenne ne se traduit pas dans les statistiques. À l’inverse, les États-Unis enregistrent une forte diminution de leurs importations (environ -40% g.a. au T1 2026), alors que la production progresse de 7,5% sur la même période. Le Canada, l’Inde ou encore le Royaume-Uni ont également renforcé leurs dispositifs tarifaires.

La fermeture des marchés européen et nord-américain accélère la régionalisation des échanges, la Chine redirigeant son surplus de production vers les économies de l’ASEAN et, dans une moindre mesure, du Moyen-Orient, d’Afrique et d’Amérique du Sud. S’il vise d’abord la Chine, le phénomène pénalise aussi certains partenaires périphériques, comme le Royaume-Uni et la Turquie, qui exportent respectivement 76% et 42% de leur acier vers l’UE mais qui viennent de perdre 43% et 27% de leurs quotas. La fragmentation contribue à la divergence des cours de l’acier entre les marchés. Si les prix ont augmenté en Europe et, plus encore, aux États-Unis depuis 2025, ils demeurent relativement déprimés dans le reste du monde. Ces écarts devraient perdurer, à en juger par les prix anticipés sur les marchés à terme.

Les métaux liés à la transition énergétique essuient des vents contraires

La demande croissante en minerais pour les technologies de la transition énergétique et du numérique devrait rester dynamique. L’électrification des voitures, l’expansion des énergies renouvelables (éolien, photovoltaïque, stockage), la multiplication des data centers représentent autant de canaux de croissance de la demande en minerais critiques (cuivre, aluminium, cobalt, etc.).

Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), en fonction des scénarios envisagés pour les émissions de gaz à effet de serres (GES), la demande en minerais stratégiques sera multipliée par 2 à 3 d’ici 2030, essentiellement soutenue par la demande liée aux technologies de la transition énergétique. La demande globale de cuivre devrait croître de 40% d’ici la fin de la décennie. Il en va de même pour le lithium, puisque la multiplication par 3 de la demande, serait le seul fait des usages liés à la transition énergétique.

Pour le moment, la Chine dispose d’un net avantage dans la sécurisation de ses approvisionnements, notamment en métaux raffinés. Le pays est le principal producteur des principaux métaux industriels, ainsi que d’éléments critiques comme les terres rares. À titre d’exemple, la Chine assure près des deux tiers de la production mondiale de lithium raffiné, la moitié du cuivre raffiné et plus de 80% des terres rares.

L’industrie minière et métallurgique va devoir répondre à l’explosion à venir de la demande à plus ou moins long terme

Les deux dernières décennies ont vu peu de nouvelles découvertes majeures de gisements de cuivre, alors que le coût de l'exploration a explosé, passant de 91 USD/tonne en 2011 à 802 USD/tonne en 2020. En l’état actuel, les entreprises minières ne sont pas en mesure de répondre à une croissance rapide de l’offre à moyen terme. Leurs capacités à remplacer les gisements exploités est également limitée par les longs délais de mise en production, avec des délais moyens de 18 ans pour les mines mises en service entre 2020 et 2023 – soit une hausse de 40% en 20 ans.

Ces processus sont à la fois rallongés par des problématiques socio-politiques locales – environnement, communautés autochtones, nationalisations des ressources géologiques – et par l’augmentation des coûts de production liés à la complexité technique accrue des gisements à exploiter. Les investissements dans des sites opérationnels et les acquisitions restent prioritaires, mais ceux dans l’exploration et les projets vierges manquent pour éviter des déficits d'approvisionnement sur de nombreux marchés de matières premières.

Les compagnies minières doivent accélérer leur croissance tout en maintenant de hauts niveaux de rentabilité. Les conditions de financement restreinte et le contexte macroéconomique compliquent les financements. Les valorisations de marché se différencient de plus en plus, souvent en raison de portefeuilles axés sur l'approvisionnement en minéraux critiques pour la transition énergétique. Cela pousse les entreprises à restructurer leurs portefeuilles. Nous nous attendons par conséquent à une augmentation des opérations de fusion-acquisition en vue de se recentrer sur des minerais essentiels à la transition énergétique. Avec des perspectives robustes pour la demande de cuivre, on prévoit davantage de consolidation des actifs cuprifères. En témoigne l'acquisition par BHP et Lundin Mining de Filo Corp. en Argentine pour 3 milliards USD en 2024, après l’échec des négociations de BHP sur Anglo-American. Les entreprises minières se séparent également de certains actifs non stratégiques ou à forte croissance, comme les Métaux du Groupe Platine (MPG)

Perspectives des principaux métaux pour 2026

Acier – Nous prévoyons une augmentation de la production d’acier de l’ordre de 1% g.a. en 2026 (contre -2% g.a. en 2025), portée par les économies émergentes d’Asie du Sud-Est mais également par les économies développées. Elle progresserait pourtant moins rapidement que les capacités, dégradant leur taux d’utilisation, le tout alors que le rebond de la demande devrait être infime, après deux années de contraction. La persistance des surcapacités, essentiellement en Asie, d’une part, et la progression des mesures protectionnistes favorisant la production domestique, d’autre part, devraient entretenir la divergence des cours de l’acier selon les régions : à la baisse en Asie, autour de 500 USD/tonne en moyenne sur l’année, à la hausse en Europe (700 USD/tonne) et en Amérique du Nord (1150 USD/tonne).

Aluminium – La production mondiale d’aluminium devrait légèrement reculer d’environ 0,5% g.a. en 2026, alors que les pays producteurs du Golfe sont paralysés par le blocage du détroit d’Ormuz. Si les membres du Conseil de Coopération du Golfe ne comptent que pour environ 8% de la production mondiale, ils représentent près de 20% des exportations, notamment à destination du Japon (28% des importations), des États-Unis (22%) ou encore de l’UE (20%), engendrant d’importantes perturbations sur l’approvisionnement des industries en aval (automobile, construction, électricité, emballage, etc.). Les capacités de remplacement sont limitées, la Chine (60% de la production mondiale) opérant déjà à un niveau proche de son plafond de 45 millions de tonnes par an. En parallèle, la demande devrait progresser de 1,5% g.a., soutenue par la transition énergétique, notamment pour l’électrification des véhicules où l’aluminium constitue un substitut plus léger que l’acier, et l’industrie de l’emballage, le métal remplaçant les matériaux traditionnels dans une démarche de durabilité. En conséquence de quoi, nous prévoyons une hausse des cours de l’ordre de 20-25% g.a. en 2026, plafonnant en-deçà de 3500 USD/tonne en moyenne sur l’année.

Cuivre – Malgré une stagnation de la production minière, pénalisée par les difficultés de plusieurs grands pays producteurs (Chili, Indonésie, RDC), celle de cuivre raffiné devrait progresser d’environ 1,5% g.a. en 2026, grâce à la hausse des volumes de ferrailles traités, principalement en Chine. Dans le même temps, la demande progresserait de 2% g.a., structurellement soutenue par l’électrification. En dépit d’un marché excédentaire, même s’il tend à se resserrer, les tensions d’approvisionnement persistent, en raison de l’accumulation de stocks stratégiques américains, alimentée par les anticipations de relèvement des droits de douane sur le cuivre raffiné. Entre janvier 2025 et juin 2026, les États-Unis ont pratiquement doublé leur rythme mensuel d’importation, accumulant 1,2 million de tonnes de cuivre. Un tel comportement contribue à maintenir des cours élevés, que nous anticipons autour de 13 900 USD/tonne en moyenne en 2026, soit une hausse de 40% g.a.

Nickel – La production mondiale de nickel raffiné devrait se contracter de 3% g.a. en 2026, compte tenu de la politique restrictive de l’Indonésie, qui contrôle 60% de la production. Afin de résorber la surproduction et de soutenir les cours, Jakarta a réduit les quotas d’extraction de minerai à 270 millions de tonnes en 2026, contre 380 millions un an plus tôt. À cela s’ajoute le risque de pénuries d’acide sulfurique, indispensable à la production de nickel de qualité batterie, en raison des perturbations au Moyen-Orient et de la suspension des exportations chinoises. La demande devrait progresser de près de 5% g.a., soutenue par les besoins croissants en batterie, sans toutefois résorber entièrement l’excédent d’offre, qui demeure en grande partie imputable au développement de la présence chinoise dans l’archipel ces dernières années. Principal importateur de nickel indonésien, la Chine profite des prix relativement faibles engendrés par la surproduction de ses entreprises sur place. Les cours du nickel devraient ainsi se maintenir autour de 17 500 USD/tonne en moyenne en 2026, à un niveau légèrement supérieur à celui observé l’année précédente.

Auteurs et experts