2027 : Une reprise de la construction de nouveau différée
Le secteur mondial de la construction devrait toujours renouer avec la croissance dans les économies avancées entre la fin de l’année 2026 et 2027. Toutefois, cette reprise s’avère plus lente et plus difficile qu’anticipé. L’optimisme observé au début de 2026 sur les principaux marchés européens et nord-américains s’est estompé à la suite de la nouvelle escalade des tensions au Moyen-Orient. La remontée des taux d’intérêt de long terme qui en a résulté a durci les conditions de financement, pesant à la fois sur la demande de logements et sur l’investissement dans l’immobilier d’entreprise.
Le conflit affecte également le secteur par le biais des coûts. Les perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales ont ravivé les pressions haussières sur les prix des intrants de construction. Cette hausse concerne aussi bien les matériaux à forte intensité énergétique, tels que le ciment, le verre ou le bitume, que les produits plus directement exposés aux perturbations des routes commerciales du Golfe, notamment l’aluminium et de nombreux dérivés pétrochimiques utilisés dans l’isolation, les peintures ou les produits en PVC. L’association de coûts de financement plus élevés et de nouvelles tensions sur les coûts de production a ainsi davantage entamé la confiance des acteurs du secteur.
Dans ce contexte, la reprise de l’activité de construction continue d’être reportée. La construction résidentielle comme non-résidentielle restent contraintes par des conditions de crédit relativement restrictives, un niveau d’incertitude élevé et un appétit d’investissement limité. À l’inverse, les infrastructures, les travaux publics et le génie civil demeurent les principaux facteurs de résilience du secteur. L’investissement dans ces segments continue d’être soutenu par quatre puissants moteurs structurels qui redessinent la demande mondiale de construction : la décarbonation, particulièrement en Europe ; la numérisation, notamment aux États-Unis ; le découplage économique et la recherche d’une plus grande souveraineté industrielle dans les principales économies ; ainsi que l’augmentation des dépenses de défense. Ensemble, ces tendances soutiennent les carnets de commandes et les pipelines de projets, alors même que les moteurs cycliques traditionnels de la construction restent sous pression.
Le logement demeure le maillon faible du secteur
Le logement, segment le plus cyclique, continue de se stabiliser à l’échelle mondiale, mais à un rythme plus lent qu’attendu. Au sein de l’Union européenne, les taux hypothécaires demeurent élevés, renforcés par les inquiétudes inflationnistes liées aux tensions géopolitiques. La reprise progressive du crédit immobilier observée plus tôt dans le cycle a perdu de son élan, retardant l’amélioration des permis de construire, des mises en chantier et, en définitive, du chiffre d’affaires du secteur.
Les difficultés sont particulièrement marquées sur les grands marchés tels que la France et l’Allemagne, où la construction résidentielle reste atone et où les difficultés financières des promoteurs immobiliers continuent de peser sur l’activité. Le mécanisme de transmission est simple : la dégradation du pouvoir d’achat immobilier des ménages réduit la demande, ce qui décourage le lancement de nouveaux projets et retarde la reprise du secteur dans son ensemble. Toutefois, la situation européenne est loin d’être homogène. Certains marchés continuent de faire preuve d’une résilience notable, en particulier les Pays-Bas et l’Espagne, où les pénuries persistantes de logements soutiennent encore la demande et l’activité de construction.
En Amérique du Nord, la construction résidentielle continue de perdre de son élan. Les États-Unis comme le Canada enregistrent un ralentissement de l’activité dans le logement neuf, visible à travers la faiblesse des permis de construire, des mises en chantier et la baisse des prix sur le segment des logements neufs. Les perspectives demeurent incertaines de part et d’autre de la frontière. Aux États-Unis, des taux hypothécaires légèrement plus bas qu’en 2023 ont aidé les vendeurs à revenir sur le marché de l‘ancien, améliorant l’offre sur le marché et réduisant l'attractivité relative des logements neufs. Parallèlement, les stocks de logements achevés mais invendus continuent d’augmenter, accentuant la pression sur les promoteurs et pesant sur les futurs carnets de commande. Le Canada est confronté à des défis similaires. Les promoteurs doivent composer avec une demande en recul, des stocks croissants et un affaiblissement des prix de vente. Ces difficultés sont aggravées par des contraintes structurelles persistantes, notamment la pénurie de main-d’œuvre qualifiée et des coûts de construction toujours élevés, qui limitent la capacité du secteur à retrouver une dynamique durable.
Dans une grande partie de la région Asie-Pacifique, la construction résidentielle reste fragile. La Chine continue de faire face aux conséquences d’une offre excédentaire de logements, sans signe tangible d’un redressement durable. Au Japon et en Corée du Sud, les tendances démographiques défavorables continuent de limiter la croissance à l’échelle nationale, même si les grandes métropoles comme Tokyo et Séoul demeurent relativement dynamiques. Ailleurs dans la région, l’urbanisation continue d’agir comme un puissant moteur de croissance. En Inde, la demande de logements et d’infrastructures reste soutenue par une forte croissance démographique et une expansion urbaine continue. L’Australie fait également figure d’exception. Malgré la hausse des taux d’intérêt, l’activité résidentielle s’y redresse relativement rapidement. La vigueur des flux migratoires et une pénurie chronique de logements continuent de soutenir la demande de construction.
La région du Golfe présente un tableau plus contrasté. L’activité de construction demeure robuste en Arabie saoudite, soutenue par une population en croissance rapide et un important pipeline d’investissements. Aux Émirats arabes unis, en revanche, les perspectives sont devenues plus incertaines. Le marché immobilier émirati dépend fortement des capitaux étrangers et des acheteurs internationaux, ce qui le rend particulièrement sensible à l’évolution du contexte géopolitique. Les récentes incertitudes ont conduit une partie des investisseurs à adopter une posture attentiste, entraînant un ralentissement des volumes de transactions et un recul de la confiance de marché. Cette situation commence à se traduire par un affaiblissement de la dynamique des prix, en particulier pour les projets qui n’ont pas encore sécurisé leurs acquéreurs. Les promoteurs détenant des stocks importants de biens invendus apparaissent particulièrement exposés. Si l’attrait structurel de long terme de Dubaï et d’Abou Dhabi demeure intact, les perspectives à court terme dépendront largement de l’évolution du contexte géopolitique.
Les infrastructures et les travaux publics demeurent un pilier de stabilité
Le génie civil reste le segment le plus résilient du secteur mondial de la construction. En Europe, l’activité a progressé de 3 % au premier semestre 2026 et devrait continuer à constituer l’un des principaux moteurs de croissance en 2027. Cette dynamique est soutenue par la combinaison de programmes d’investissement public et de besoins structurels de long terme en matière d’infrastructures. Les nouvelles ambitions de l’Allemagne en matière d’investissements dans les infrastructures, ainsi que le déploiement continu des fonds européens en Europe centrale et orientale, en Italie et en Espagne, devraient alimenter les carnets de commandes au cours des prochains trimestres.
Les perspectives ne sont toutefois pas exemptes de contraintes. Le retour progressif à une plus grande discipline budgétaire dans plusieurs économies européennes devrait limiter la capacité des gouvernements à engager de nouveaux investissements publics et à lancer des projets locaux. En parallèle, les échéances électorales pourraient accroître l’incertitude. En France, par exemple, les élections municipales de 2026 ont déjà pesé sur le chiffre d’affaires du secteur au premier semestre, tandis que l’élection présidentielle de 2027 pourrait ajouter une couche supplémentaire d’incertitude pour les projets d’infrastructures de grande envergure. Malgré ces vents contraires, le secteur conserve une situation globalement favorable à l’échelle du continent. Les pénuries de main-d’œuvre et la hausse des coûts des matériaux demeurent les principales contraintes opérationnelles, mais la rentabilité du secteur résiste relativement bien et les défaillances d’entreprises restent limitées par rapport aux autres segments de la construction.
Après une phase d’expansion exceptionnelle, la construction non résidentielle américaine a perdu une partie de son dynamisme. L’activité s’est globalement stabilisée après les fortes progressions enregistrées en 2023 et 2024. En même temps, la composition des investissements évolue rapidement. L’essor des capacités industrielles qui avait accompagné la première vague d’investissements dans les secteurs stratégiques, notamment à la suite du CHIPS Act, ralentit progressivement. À l’inverse, les investissements dans les centres de données (data centers) se sont fortement accélérés au cours des derniers trimestres, agissant comme un relai de croissance pour le secteur. Cette réallocation du capital devrait se poursuivre à mesure que la demande en capacités de calcul, en applications d’intelligence artificielle et en infrastructures numériques continue de croître. L’ampleur des projets déjà annoncés laisse penser que la construction de centres de données restera l’un des segments les plus dynamiques de la construction en Amérique du Nord à moyen terme.
Dans l’ensemble de la région asiatique, les besoins en infrastructures constituent un puissant moteur structurel pour le secteur. Dans les économies émergentes, l’urbanisation, l’industrialisation et la croissance démographique soutiennent une demande importante pour les infrastructures de transport, d’énergie et de services publics. L’Inde demeure l’un des marchés les plus dynamiques à cet égard, tandis qu’en Chine les investissements publics continuent de soutenir l’activité malgré les difficultés persistantes du secteur immobilier.
Les perspectives restent particulièrement favorables dans les pays du Golfe. Les vastes programmes publics de développement continuent de stimuler l’activité de construction, alors que les États de la région poursuivent leurs stratégies de diversification économique au-delà des hydrocarbures. La Vision 2030 de l’Arabie saoudite ainsi que les plans stratégiques de long terme des Émirats arabes unis soutiennent d’importants investissements dans les infrastructures de transport, de l’énergie, l’industrie, le tourisme, les infrastructures numériques et le développement urbain. Dans ce contexte, le génie civil et les travaux publics devraient demeurer parmi les segments les plus performants du secteur de la construction dans la région jusqu’en 2027.
Immobilier d’entreprise : une reprise fragile sur fond de surcapacité persistante dans les bureaux
L’immobilier commercial a poursuivi son redressement en 2026, soutenu par le retour progressif des investisseurs sur le marché. Toutefois, la récente remontée de l’incertitude entourant les taux d’intérêt de long terme, dans le contexte des perturbations liées à la fermeture du détroit d’Ormuz, menace d’enrayer cette dynamique.
Le segment des bureaux demeure le principal point faible du secteur. Dans la plupart des économies avancées, les taux de vacance restent élevés, les nouveaux modes de travail hybrides continuant de peser sur la demande. Même si les niveaux d’investissement et d’activité restent historiquement faibles, des signes d’amélioration commencent néanmoins à apparaître, en particulier en Europe, où les ils sont repassés en territoire positif pour la première fois depuis la pandémie. Cette reprise demeure toutefois très sélective. Les investisseurs comme les utilisateurs continuent de privilégier les actifs prime, bénéficiant des meilleurs emplacements et des caractéristiques les plus attractives. Cette préférence renforce le phénomène de « flight to quality » observé depuis la crise sanitaire. À l’inverse, les immeubles plus anciens et moins performants sur le plan énergétique ou fonctionnel font face à une demande en recul et à un risque croissant d’obsolescence. Les États-Unis restent confrontés à des difficultés plus importantes, notamment avec une demande qui reste faible (taux de vacance encore élevé et en hausse).
À l’inverse, les segments de la distribution et de la logistique font preuve d’une meilleure tenue. La demande locative y reste relativement solide, soutenue à la fois par l’évolution des comportements de consommation et par les besoins persistants de réorganisation et de sécurisation des chaînes d’approvisionnement. Ces segments continuent ainsi d’afficher des performances supérieures à celles du marché des bureaux et demeurent parmi les plus attractifs pour les investisseurs.
Matériaux de construction : une demande atone face au retour des tensions sur l’offre
Le secteur des matériaux de construction continue d’évoluer au rythme de l’activité en aval, dans la construction. Dans la plupart des économies avancées, notamment en Europe et en Amérique du Nord, ainsi qu’en Chine, la production est restée globalement stagnante sur les principales catégories de produits, qu’il s’agisse du ciment, du verre, des métaux, des plastiques ou encore des produits chimiques.
Pour les matériaux à forte intensité énergétique, tels que le ciment et le verre, la hausse des coûts de l’énergie a conduit les producteurs à relever leurs prix de vente. Toutefois, la faiblesse de la demande en aval a limité leur capacité à répercuter intégralement ces augmentations sur leurs clients. Les marges sont ainsi sous pression, les industriels étant confrontés simultanément à des volumes peu dynamiques et à un affaiblissement de leur pouvoir de fixation des prix.
La situation apparaît plus contrastée dans les autres segments. L’aluminium ainsi que les matériaux issus de la pétrochimie ont également subi les conséquences des perturbations affectant les flux commerciaux dans le Golfe arabo-persique, entraînant une hausse des coûts et une augmentation des incertitudes au sein de certaines chaînes d’approvisionnement. L’ampleur et la durée de ces effets dépendront largement de la persistance des perturbations ainsi que de la capacité des producteurs et des acheteurs à adapter leurs stratégies d’approvisionnement.
Au-delà de ces défis cycliques, l'industrie continue de connaître une transformation structurelle profonde. Les matériaux de construction restent parmi les principales sources industrielles d'émissions de carbone, en particulier dans la production de ciment, d'acier et de verre. La décarbonation devient donc un impératif stratégique, stimulant des investissements importants dans des technologies plus propres, des carburants alternatifs et des processus de production plus efficaces. La mise en œuvre progressive du Mécanisme d'ajustement des frontières carbone (CBAM) de l'UE renforce cette tendance en augmentant le coût carbone des importations de l’UE, et en renforçant les incitations à réduire les émissions sur toutes les chaînes de production nationales. Bien que ces investissements soient essentiels à la compétitivité à long terme du secteur et à la conformité réglementaire, ils représentent également un fardeau financier important, en particulier pour les petits producteurs exploitant des actifs industriels plus anciens et moins efficaces.