Rebond de la croissance après le choc énergétique de 2026
Impactée par la guerre au Moyen-Orient et le blocage du détroit d’Ormuz en 2026, du fait de la dépendance des Philippines au Golfe pour son approvisionnement en pétrole brut (98% des volumes importés et 30% du mix énergétique en 2025), la croissance économique devrait rebondir à partir de 2027, dans l’hypothèse d’une poursuite de la désescalade entre l’Iran et les États-Unis. La consommation privée – principal moteur de l’économie (76% du PIB en 2025) – devrait ainsi bénéficier d’une relative détente des prix de l’énergie, même si le risque d’un épisode sévère d’El Niño pourrait, au contraire, renchérir le coût des denrées alimentaires de base, comme le riz. Elle profiterait également de la progression des transferts de fonds des travailleurs philippins de l’étranger, qui constituent une source de revenus non négligeable pour de nombreux ménages (6,5% du PIB en 2025).
Au global, le reflux de l’inflation devrait conduire la Bangko Sentral ng Pilipinas (BSP) à assouplir progressivement sa politique monétaire, après plusieurs tours de vis en 2026. Cela favoriserait la reprise de l’investissement des ménages et des entreprises, un phénomène amplifié par les incitations fiscales décidées fin 2024 dans le cadre du CREATE MORE Act. Malgré la situation budgétaire fragile, l’investissement public, surtout dans les infrastructures (énergie, transport, télécommunications) devrait lui aussi contribuer – quoique plus modérément – à la croissance, grâce au soutien d’acteurs privés et au décaissement de fonds retardé par le renforcement des dispositifs de lutte anti-corruption. Le programme Build Better More constitue le principal pilier de la stratégie du gouvernement, qui repose sur près de 200 projets phares pour un montant total d’environ 150 milliards de dollars, partiellement financé par un fonds souverain (Maharlika Investment Fund) inauguré en 2023.
D’un point de vue sectoriel, la croissance de l’archipel repose d’abord sur les services (63% du PIB en 2025) – les Philippines sont une destination majeure des délocalisations des processus d’entreprise, dont l’activité restera dynamique – et, dans une moindre mesure, sur l’industrie (28% du PIB), alors que les efforts du gouvernement pour capter davantage d’investissements directs étrangers (IDE), notamment en faveur du secteur manufacturier, devraient porter leurs fruits. Le pays peut en effet compter sur son industrie de produits électroniques, plus particulièrement des semi-conducteurs, qui constituent le principal poste d’exportation de marchandises de l’archipel (53% en 2025). La contribution de l’agriculture (20% de l’emploi total en 2025) devrait, en revanche, rester plus limitée, du fait des probables perturbations météorologiques engendrées par le retour d’El Niño.
Assainissement budgétaire différé par la flambée des prix de l’énergie
Contrariée par le choc pétrolier en 2026, la consolidation budgétaire devrait reprendre dès 2027. La dégradation des recettes publiques (20,5% du PIB en 2025), notamment du fait de la moindre croissance, d’une part, et la hausse des dépenses (24,3%) pour soulager les ménages face à la hausse des prix de l’énergie (soutien au transport public et suspension des droits d’accise sur le GPL et le kérosène), d’autre part, ont conduit le déficit à stagner en 2026. Cette situation pousse le gouvernement philippin à recalibrer la trajectoire de réduction du déficit, de l’ordre de 0,5 point de pourcentage supplémentaire par rapport à la cible annuelle initiale jusqu’en 2030. Néanmoins, les coupes dans les dépenses de fonctionnement non prioritaires et, dans une moindre mesure, la meilleure mobilisation des revenus, portée par les efforts de modernisation de l’administration fiscale, devraient permettre de relancer la dynamique d’assainissement des finances publiques à partir de 2027. Cela malgré une marge de manœuvre budgétaire limitée par la place prépondérante des dépenses récurrentes (surtout le service de la dette et les transferts en faveur des administrations locales), en plus de l’investissement dans le capital humain, l’agriculture et les infrastructures. Par conséquent, la dette publique rapportée au PIB devrait se stabiliser en 2027, après une légère hausse observée l’année précédente. Sa structure d’échéance favorable, conjuguée à une faible dépendance vis-à-vis de l’étranger – la dette extérieure ne représentant que 33% de l’encours total – limite les risques pesant sur sa soutenabilité.
De la même manière, le déficit de la balance courante devrait se réduire en 2027 après un revers important en 2026, provoqué par l’envolée des cours du pétrole, responsable de la hausse des importations en valeur, elle-même à l’origine d’une dégradation marquée de la balance commerciale. La normalisation progressive des prix de l’énergie et la croissance des exportations, grâce au dynamisme du secteur électronique, devraient renverser la tendance en 2027, sans pour autant effacer le déficit commercial – structurel. En parallèle, la consolidation de l’excédent sur la balance des services, soutenue par la vigueur des activités de délocalisation des processus d’entreprise et la reprise continue du tourisme depuis la pandémie, ainsi que la progression des transferts des travailleurs philippins de l’étranger devraient contribuer à réduire le déficit courant. Les réserves en devises étrangères, quoiqu’amoindries par la dépréciation du peso, demeurent satisfaisantes et représentaient encore 7 mois d’importation au deuxième trimestre 2026.
Fracturation grandissante du paysage politique
Sur le plan intérieur, le paysage politique philippin se polarise autour de l’opposition entre le camp du président Ferdinand « Bongbong » Marcos Jr. (fils du dictateur homonyme qui a dirigé le pays entre 1965 et 1986) et celui de la vice-présidente Sara Duterte (fille de l’ancien président Rodrigo Duterte). Pourtant élus au sein de la même coalition lors des élections de 2022, les héritiers des deux principales dynasties politiques de l’archipel nourrissent une rivalité croissante, alors que se profile la présidentielle de 2028. La Chambre des représentants – majoritairement acquise au président – a voté en mai 2026, pour la deuxième fois en un peu plus d’un an, la destitution de Sara Duterte, sur fond d’accusation de tentative d’assassinat de Ferdinand Marcos Jr., alors que la précédente procédure avait échoué pour des raisons de procédure. Aucun des deux camps ne disposant d’un avantage clair au Sénat, l’issue du procès en destitution de la vice-présidente demeure plus incertaine que son adoption à la Chambre. Une rupture accrue par l’arrestation par la Cour pénale internationale (CPI) de Rodrigo Duterte, soupçonné de crimes contre l’humanité lors de sa « guerre contre la drogue », dont l’exécution fut permise par l’administration philippine. La guerre entre les clans Marcos et Duterte perturbe l’élaboration des politiques et fragilise l’efficacité gouvernementale, alors même que les Philippines viennent tout juste de se hisser parmi les économies à revenu intermédiaire supérieur, en juillet 2026.
Depuis l’arrivée au pouvoir du président Ferdinand Marcos Jr. en 2022, les Philippines s’efforcent de renforcer leurs liens historiques avec les États-Unis dans un contexte de durcissement des relations avec la Chine. Les deux alliés ont élargi leur accord de défense mutuelle, Manille garantissant l’accès à quatre sites militaires supplémentaires à l’armée américaine, en plus des cinq bases initiales. Il s’agit pour les Philippines de renforcer leur sécurité alors que les tensions avec Pékin redoublent autour des questions de souveraineté en Mer de Chine méridionale, tout en préservant les échanges avec le premier partenaire commercial. Dans le même temps, Manille développe également des liens avec d’autres pays de la région Asie-Pacifique, alignés avec les États-Unis, comme le Japon, la Corée du Sud ou l’Australie, illustrant sa volonté de diversification des partenariats économiques.

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