Une croissance moins vigoureuse en 2026
En 2025, la croissance économique est restée forte, avec une légère accélération par rapport à l’année précédente. L’essor des exportations (90 % du PIB en 2024) a été la principale source de ce dynamisme, et ce malgré l’instauration par les ÉtatsUnis, premier débouché à l’export du pays représentant 30 % des exportations, de nouveaux droits de douane avec un taux provisoire de 10 % appliqué à partir d’avril 2025 avant d’être relevé à 20 % en août. Ce dernier niveau résulte d’un accord, formellement signé en octobre, qui a nettement abaissé le taux de 46 % initialement annoncé lors du Liberation Day. Un droit de 40% sera par ailleurs appliqué sur les produits réexportés depuis des pays tiers par le Vietnam ne respectant pas les critères qui seront définis avec les ÉtatsUnis. La vigueur des exportations a reposé principalement sur les ordinateurs et les composants électroniques, dont certains sont exemptés des hausses tarifaires. Doté d’une structure économique et d’un système politique relativement similaires, mais bénéficiant de droits de douane plus faibles que la Chine, le Vietnam a continué à profiter des tensions commerciales sino-américaines. Du côté des services, l’arrivée de touristes internationaux, venant principalement de Chine (24%) et de Corée du Sud (19%), a continué de croître rapidement en 2025, dépassant de 18?% son niveau de 2019. Contrastant avec cette vigueur, la consommation des ménages est restée modérée, à un rythme similaire à celui de 2024 et inférieur à celui d’avant?pandémie. Le léger recul de l’inflation suggère néanmoins une légère accélération du volume consommé.
En 2026, les exportations devraient rester la première source de croissance, même si leur contribution pourrait s’amenuir sous l’effet d’une normalisation après de fortes hausses en 2024 et 2025. Les exportations continueront d’alimenter la production manufacturière, dominée par l’électronique, l’habillement et la chaussure. Celle-ci pourrait encore bénéficier de la restructuration des chaînes d’approvisionnement. Alors que la surveillance accrue des États-Unis sur les réexportations est susceptible d’encourager les flux d’investissements directs étrangers (IDE), l’incertitude liée aux discussions en cours sur la définition même des réexportations pourrait toutefois refroidir l’enthousiasme des investisseurs. Ces flux d’investissement proviennent notamment de Singapour, de Chine et de Hong Kong. Essentiels à l’économie vietnamienne, les entreprises à capitaux étrangers représentant environ 70 % des exportations du pays, ils ont enregistré une augmentation de 9% en 2025. En parallèle, le tourisme vietnamien pourrait continuer de croitre rapidement dans un contexte de tensions entre la Thaïlande et Cambodge. Par ailleurs, les tensions diplomatiques entre la Chine et le Japon sont susceptibles de freiner les voyages des touristes chinois vers ce dernier, ce qui pourraient renforcer l’attractivité du Vietnam.
La poursuite de la désinflation, la baisse du sousemploi, et la prolongation jusqu’à fin 2026 de la réduction de la TVA (de 10?% à 8?%) devraient soutenir la consommation privée. La décision de l’Assemblée nationale d’élargir les droits en matière de soins de santé et réduire les coûts médicaux pour la population dans le cadre d’un programme allant de 2026 à 2035 pourrait aussi amener plus de vigueur. Après avoir abaissé son taux directeur à plusieurs reprises en 2023 pour soutenir l'activité économique, la Banque d'État du Vietnam (SBV) a maintenu le statu quo avec un taux d'intérêt de référence à 4,5 %. Néanmoins, la politique monétaire s’est assouplie en 2025. La SBV a augmenté son objectif de croissance du crédit bancaire. L’encours total a ainsi crû de 17% sur les onze premiers mois de l’année 2025 (contre 11% à la même période en 2024). La réduction du taux de réserves obligatoires pour un certain nombre de banques à partir du 1er octobre a pu contribuer à cette hausse. En 2026, bien que les pressions dépréciatives puissent s’amenuir dans le contexte de baisse des taux américains, et que l’inflation doive rester sous la cible d’inflation de 4,5%, le niveau élevé des prêts non productifs (5,3 % du total des prêts en mars 2025) limitera les possibilités d'un assouplissement monétaire significatif.
De faibles réserves de change
Le déficit public s’est nettement creusé en 2025. Les dépenses, axées sur l’investissement (+30% sur les onze premiers mois de 2025), ont augmenté plus rapidement (+19%) que les recettes (+17%). En 2026, le déficit devrait continuer de se creuser, mais légèrement. Les dépenses devraient une nouvelle fois être tournées vers l’investissement. Les dépenses dans les infrastructures devraient notamment augmenter vigoureusement, avec une priorité donnée au transport, à l’énergie et à la numérisation. Toutefois, la mise en œuvre pourrait être freinée par des retards dans la libération des terrains et par la lenteur des procédures d’approbation. Sur les onze premiers mois de 2025, les dépenses d’investissement public n’ont atteint que 63 % du plan annuel. La dette publique, au plus des deux tiers domestique, restera faible. Elle est constituée quasi exclusivement d’échéances à moyen et long terme et est largement libellée en monnaie locale. Les principales vulnérabilités proviennent des passifs éventuels, notamment ceux liés aux entreprises publiques peu performantes et à un système bancaire fragile.
Du côté des comptes extérieurs, l’excédent courant devrait continuer de se réduire en lien avec la diminution de l’excédent de la balance des biens (9,4 % du PIB en 2024), la croissance des importations ralentissant moins fortement que celle des exportations, ces dernières décélérant après leur envolée de 20242025. Les importations resteront soutenues par la vigueur de l’investissement, qui accroît la demande en biens d’équipement et en intrants. En outre, le déficit de la balance des revenus primaires (3,4%), alimenté par le rapatriement des profits réalisés par les entreprises étrangères sur le sol vietnamien, pourrait se creuser. La réduction de l’excédent courant pèsera sur les faibles réserves de change, estimées à 2,2 mois d’importations en septembre 2025.
Au cœur des tensions sino-américaines
Tô Lâm dirige le Parti communiste vietnamien depuis le décès du précédent secrétaire général, Nguyen Phu Trong, en juillet 2024. Depuis son arrivée à la tête du Parti, il a lancé une nouvelle stratégie nationale de développement articulée autour de quatre piliers : la science et la technologie, l’intégration internationale, l’État de droit et une croissance portée par le secteur privé. Le général Luong Cuong, issu des forces armées, lui a succédé à la présidence de l’État après sa nomination par l’Assemblée nationale en octobre 2024. Le 14ème Congrès du Parti, qui se tient tous les cinq ans, aura lieu en janvier 2026. Les délégués au Congrès — représentant notamment les organisations du Parti dans les provinces, les ministères et l’armée — éliront les quelques 200 membres du Comité central pour la période 20262030. Ce dernier désignera ensuite les membres du Politburo, qui regroupe les quatre principales figures dirigeantes du pays : le secrétaire général du Parti, le Premier ministre, le président de l’État et le président de l’Assemblée nationale. Une continuité politique est largement anticipée. A la fin de l’année 2025, le projet de rapport politique, un plan stratégique pour le développement, a été soumis à la consultation publique en tant que document clé devant être présenté au Congrès. Il réitère la nécessité d'établir un nouveau modèle de croissance défini par les quatre piliers, et fixe un objectif de croissance annuelle moyenne du PIB de 10 %.
En 2024, le Vietnam a été particulièrement actif sur la scène diplomatique. Il s’est rapproché, notamment sur le plan sécuritaire, de plusieurs nations asiatiques (Japon, Philippines, Malaisie) et a consolidé ses liens avec les EtatsUnis dans le cadre d’un partenariat stratégique. Néanmoins, les relations avec la nouvelle administration américaine ont été entachées l’année suivante par l’instauration de droits de douane américains « réciproques » parmi les plus élevés justifiée par l’important déficit commercial américain vis-à-vis du Vietnam et les accusations de réexportation de produits chinois. Dans le contexte des tensions sinoaméricaines et d’offensive tarifaire américaine tous azimuts, il devient plus difficile pour Hanoï de maintenir sa politique d’équilibre entre les ÉtatsUnis et la Chine. Lors d’une visite de Xi Jinping en avril 2025, 45 accords ont été signés pour renforcer les relations économiques bilatérales. Malgré un différend territorial en mer de Chine méridionale, Pékin représente un partenaire majeur, avec 38% des importations et 15% des exportations (2024). Continuant de renforcer sa présence sur la scène diplomatique internationale, le Vietnam a élevé ses relations avec 5 pays (Indonésie, Nouvelle-Zélande, Royaume-Uni, Singapour, et Thaïlande) au rang de partenariats stratégiques en 2025. La présence du Vietnam sur la scène diplomatique s’est également traduite par l'organisation de la Convention des Nations Unies contre la cybercriminalité (Convention de Hanoï) en octobre 2025.

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